TRADITIONS ET SOCIETE KABYLE

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Du point de vue de la pratique sociale, les poèmes gnomiques remplissent une triple fonction. Ils constituent d'abord un ensemble de préceptes qui servent de système de référence et éventuellement de guide d'action. En second lieu, ils interviennent de façon quasi obligatoire dans le discours soutenu, comme ornement et peut-être plus encore avec valeur d'argument, comme si la mise en forme était par elle-même épreuve de vérité. En dernier lieu, et pas toujours secondairement, la valeur esthétique du dit est à considérer, sans qu'il soit toujours facile de la distinguer de la valeur éthique, comme si la beauté était incompatible avec l'erreur. Mouloud Mammeri

Wissen tameddit sani
Qui séme le vent...
Ay amekraz n teclac
taxlid ma tergid imghi
Ay aseggad l-lehnac
win d ssem ay-d ittawi
W ilaaben ger txenfyac
wissen tameddit sani

(Aamar AZKUK)
A semer brindilles sèches
c'est folie d'attendre qu'elles poussent
A chasser des serpents
on ne rapporte que venin
A jouer avec le feu
sait-on de quoi le soir sera fait.

(Amar AZKOUK, Ait waghlis)

Kra n tin ixedem wemcum
Pasteurs
Ameksa ituba it llum
ma ighfel welleh ar idlem
Times ma tendeh g wzemzum
mi tekcem lghab'attaghnem
Kra n tin ixedem wemcum
siwa seg gwsaad itigherrem.
Le berger est responsable
ses négligences par Dieu sont condamnables
Car le feu qui prend à la brindille
peut embraser toute la forêt
Et le mal que le méchant fait
c'est l'homme de bien qui le paie.
Lmedhheb yugar cci
Mieux vaut bonne renommée
Nnif ik maday t-fkid
al'ibbwas i getaici
Iadawen a-k inin telhid
iwakk' ad iggwet lghaci
Ixxamen yelhan ahfid
lmedhheb yughar cci.
Ton honneur si un jour tu le vends
sache qu'il n'a qu'une seule vie
Tes ennemis te loueront
afin de grossir leur rangs
Mais les nobles maisons à l'encontre
préfère à la fortune le renom.
Ur ineqq ur issidir
Faible et présomptueux
Itgalla laabd ur izmir
ar iddehmir
irna awehhed ggiles
Ur ineqq ur issidir
Rebbi frant-ed akw ghures.

(Sidi Qala, At Jlil)
L'homme être faible est présomptueux
il se pavane
adore dieu en paroles
Mais il n'a pouvoir ni de mort ni de vie
Car Dieu décide de tout.

(Sidi Kala, un poète gnomique des Ait Jlil, Bougie.)
Llan ihbiben l-lechur
Amis d'un jour, amis de toujours
Llan ihbiben l-lechur
Llan ula iseggwasen
Llan ard fnun laamur
Lehbab m'ara mgalasen.

(MhenSaayd At Lhag)
Il est des amitiés qui durent des mois
Il en est de même qui durent des ans
Il en est aussi qui durent toute la vie
Entre compagnon qui ne se quittent pas.

(Mhend Said Ait Elhadj, Ait Boudrar)

Tamacahut n tsekkurt
Le dit de la perdrix

A sidi bab ughanim
ay uhdiq fhem thessis
Tella tezdayt di Ssehra
hekkun i-gghezzif yighef-is
Lbaz iaac sufella
tasekkurt g zuran-is

Iqqim almi d yiwen was
imcawar d warraw-is
amek ara yaxdem isteqsa
i tin izedghen ar rrif-is

Ikkr-ed umeqqwran degsen
isella deg-gwawal-is
Fk-iyi-t a bab'at-t-eccegh
di lebher neghbu ric-is

Inna yas gedha s memmi
macci d ssyada bbukyis
Ad nadin iaabbwamen
ad mlilen d rric-is
Ad yawed lexbar ledyur
Lbaz icca tagaret-is

Ikkr-ed ulemmas degsen
isella deg-gwawal-is
Fk-iyi-t a bab'at-t-eccegh
di tesraft neghbu rric-is

Inna yas gedha s memmi
macci d ssyada bbukyis
Ad-d-iqqwel useggwas n rrha
kulw'ad ifqed tasraf-is
Ad yawed lexbar ledyur
Lbaz icca tagaret-is

Ikkr-ed umectuh degsen
isella deg-gwawal-is
Fk-iyi-t a bab'at-t-eccegh
ad zwiregh g rric-is

Inna yas gedha s memmi
tagi d ssyada bbukyis
Ma mmutegh ggigh-d laamara
baba-k irgel-d amdiq-is
W'iccan lhejl'ar t ifak
isuk talaba f yimi-is

Scribe
avisé entends-moi
Il y avait au désert un palmier
au haut faîte
Sur les palmes vivait un faucon
près des racines une perdrix

Le faucon un jour
délibéra avec ses enfants
Comment faire dites moi
avec celle qui habite près de nous

L'aîné se leva
et dit
Pére laisse-la-moi manger
à la mer je jetterai ses plumes

Le faucon dit holà mon fils
ce n'est pas la chasse avisée
Des nageurs dans leurs ébats
vont trouver ses plumes
Et la nouvelle parviendra aux oiseaux
que le faucon a mangé sa voisine

Le cadet se leva
et dit
Père laisse-la-moi manger
dans le silo j'enfouirai ses plumes

Le faucon dit holà mon fils
ce n'est pas la chasse avisée
L'heure de moudre viendra
chacun ira a son silo
Et la nouvelle aux oiseaux parviendra
que le faucon a mangé sa voisine

Le plus jeune se leva
et dit
Père laisse-la-moi manger
par les plumes je commencerai

Le faucon dit bien dit mon fils
voilà une chasse avisée
Si je meurs je n'aurai pas laissé place vide
mon rôle désaffecté
Car qui a mangé la perdrix
doit passer une étoffe de laine sur sa bouche.

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